L’évènementiel qui se veut au goût du jour montre un penchant pour le « story telling » !

Il faut qu’un festival, des journées culturelles, une affiche musicale ou de théâtre racontent, globalement, une histoire. Rien de tel qu’une thématique, une trame voire un concept. Ce squelette narratif est plus difficile à concevoir pour une série de concerts qui se décline sur la longue période d’une saison. Certes, pour faire « mode », l’on pourrait retenir l’idée d’inviter exclusivement des interprètes féminines, des instrumentistes uniquement suisses ou seulement de moins de trente ans ; assumer une programmation qui s’accroche à un seul compositeur, à une école nationale ou à une période historique ; ou faire l’apologie particulière de tel ou tel instrument ; voire, encore, céder aveuglément aux charmes des sirènes médiatiques attirées par la gloire des projecteurs plus que par l’authenticité artistique.

Rien de tel pour Arts et Lettres.

S’il devait y avoir un fil rouge à cette série de concerts, il faut le trouver dans sa propre histoire. Celle qui, depuis 1926, voit originalités, audaces, exigences et fidélités musicales dominer sans relâche les programmations successives de plus de plus de 900 soirs où mélomanes et artistes unissent leurs émotions comme on mêle son sang, à la vie ou à la mort, avec ses amis les plus proches.

La saison 2017-2018 s’inscrit dans le droit fil de cette histoire qu’Arts et Lettres raconte dès ses débuts sur la scène musicale lémanique.

C’est ainsi que l’exigence, celle que vivent les artistes comme caressant quotidiennement le fil d’un rasoir, y est omniprésente. La curiosité y tient bonne place : chants huguenots en hommage à la Réforme protestante, voyage inédit dans le répertoire de Caldara. L’instrumentarium propose ses variations : piano-forte, cordes en boyaux, clarinette et, le plus bel instrument du monde, la voix de soprano.

Le renouveau se révèle qui voit le meilleur du sang neuf de la jeune génération des instrumentistes de talent se mêler à l’éclat de leurs devanciers. Et la fidélité musicale, marque prégnante d’Arts et Lettres, qui donne à comprendre et à s’ébaubir devant l’évolution de l’artiste qui se confronte perpétuellement à peaufiner son art.
Et par-dessus-tout, la beauté : celle du son, de l’harmonie et de l’émotion.

Voilà bien une ancestrale antienne qui vaut tous les fils rouges à la mode !

Chaque année depuis 1924, Vevey reçoit la visite des plus grands artistes du monde de la musique. Nombre d’entre eux, hôtes réguliers, tissent des liens d’authentique amitié avec la région. Il suffit de citer quelques noms (Clara Haskil, Pablo Casals, Wilhelm Backhaus, Isaac Stern, Rudolf Serkin, Henryk Szeryng, le Quatuor Hongrois et le Quatuor Amadeus) pour comprendre combien les premières décennies de concerts sont marquées par l’excellence. D’autres générations d’artistes succèdent bientôt aux aînés sans qu’aucune faute de goût vienne ternir une affiche qui, année après année, affirme une tenue sans pareille : Radu Lupu, Gidon Kremer, Maria-Joao Pires, Murray Perahia, le Quatuor Alban Berg et Alfred Brendel font, plus souvent qu’à leur tour, le déplacement de Vevey.